Pour l’Insee, les déplacements à vélo n’existent pas

(Reblog: | L’interconnexion n’est plus assurée;, par Olivier Razemon)

Les recensements servent à quelque chose. C’est le message que l’Institut national des statistiques, l’Insee, veut faire passer en diffusant, ce 15 janvier, des résultats inédits sur les trajets quotidiens des personnes vivant en France. L’enquête 2013, qui démarre ce jeudi 17 janvier et se terminera le 23 février, concerne 9 millions de personnes vivant dans 8099 communes différentes. Au moment où les chiffres de l’Insee sont contestés (ici un article de Slate.fr sur ce thème et, du même auteur, une tribune d’un géographe dans Le Nouvelobs.com qui remet en cause la “victoire démographique” de la France), mieux vaut que les habitants recensés aient une bonne image des statistiques en général et de l’Insee en particulier.

73% d’automobilistes. Depuis 2009, la collecte annuelle des informations, qui touche chaque année un cinquième de la population, porte notamment sur les trajets entre domicile et travail. Les formulaires, distribués dans chaque foyer, comportent une question sur le lieu de travail et une autre sur le mode de déplacement utilisé pour s’y rendre. Ce mardi, les statisticiens ont révélé que 73% des trajets se font “en voiture, camion, fourgonnette”, pour 14,9% des déplacements en transports en commun, 7,9% à pied et 4,2% en “deux-roues”. En Ile-de-France, une région qui se distingue beaucoup des autres sur ce plan (et pas seulement), les proportions sont respectivement de 43,7% pour l’auto, 43,9% pour les transports collectifs, 7,8% pour la marche et 4,6% pour les “deux-roues”. Les détails, et les chiffres région par région, sont disponibles sur le site de l’Insee, ici.

Il manque une case. Les deux-roues, mais encore ? S’agit-il des vélos ou des motos ? On ne saura pas. L’Insee ne distingue pas les uns des autres. Sur le “bulletin individuel” qu’ils sont invités à remplir, les recensés peuvent choisir entre les cinq moyens de transport précités. On peut cocher la case “deux-roues”, sans précision. En outre, les personnes recensées ne peuvent choisir qu’un seul mode de déplacement. Tant pis pour ceux qui prennent leur voiture pour se rendre à la gare, ou pour ceux qui combinent vélo et tramway. Un peu faible pour qui souhaiterait exploiter ces statistiques.

Vélo et moto ne constituent pourtant pas le même objet, même si la moto se présente tantôt comme un vélo à moteur, tantôt comme une moto à deux roues… On ne saura donc pas (en tous cas pas grâce à l’Insee) si la proportion de cyclistes augmente autant que celle des motoristes, comme le dit le Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif) dans cette étude. Pour les élus locaux, qui aiment s’appuyer sur des études fiables pour faire des choix, le développement de l’un ou l’autre ne se traduisent pas par les mêmes aménagements. Les distances parcourues par un vélo et par une moto ne sont pas les mêmes, les infrastructures de stationnement pas identiques, l’accidentologie non plus… En clair, 4% de motards ou 4% de cyclistes n’impliquent pas la même politique urbaine.

Les questionnaires ont dix ans de retard. Pourquoi cette carence? Croyez-le ou non, c’est parce que le questionnaire n’a pas été modifié depuis dix ans. “Nous avons conçu les bulletins au début des années 2000. A l’époque, il n’avait pas été jugé nécessaire de distinguer les deux modes”, explique François Clanché, chef du département de la démographie à l’Insee. Les statisticiens sont régulièrement confrontés aux interrogations des recensés. “Il est prévu de faire évoluer le questionnaire”, affirme M. Clanché, qui ne veut toutefois pas promettre que la distinction entre les trajets à vélo et à moto sera possible dès l’an prochain. “Tout allongement du questionnaire doit être pris en compte”, précise-t-il. En clair, plus la fiche à remplir est longue, plus les agents enquêteurs risquent de se heurter à un refus. Pour savoir s’il vaut mieux prévoir des pistes cyclables ou des places de stationnement pour les scooters, on attendra donc encore un peu.

Gallery | This entry was posted in Mobile-settled Hybridity, Mobilities, Uncategorized and tagged , , . Bookmark the permalink.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s