CfP: Mobiliser les « expats ». Construction, identification et représentation des migrants européens

ST 19
Mobiliser les « expats ». Construction, identification et représentation des migrants européens

How to mobilize expatriates? The construction, identification and representation of European migrants abroad

Alors que les discours médiatiques et politiques dominants tendent à réduire abusivement les phénomènes migratoires à des flux des populations orientés du « Sud » vers le « Nord », cette section thématique prend pour objet les migrations contemporaines d’origine européennes . Elle se propose d’interroger les processus de (dé)mobilisation politique des migrants européens dans leur pays de résidence et vis-à-vis de leur pays d’origine.

Le nombre de citoyens européens vivant en dehors de leur pays de naissance a connu une croissance sensible ces dernières années. Il dépasse aujourd’hui les 60 millions, soit près du quart des 244 millions de migrants internationaux recensés par l’ONU en 2017. L’Europe se classe au deuxième rang des continents « pourvoyeur » de migrants, derrière l’Asie, mais devant l’Afrique ou le Proche-Orient. Ces migrants européens sont loin de constituer un groupe homogène (Wihtol de Wenden, 2013). Si près d’un tiers d’entre eux résident dans un autre pays européen (Eurostat, 2017), ils sont aussi très présents dans les pays « occidentaux » non-européens et dans les pays dits « en voie de développement », notamment dans les anciens espaces coloniaux. À distance de la figure caricaturale de l’« expat » fortuné, ils sont de plus en plus souvent des étudiants, des retraités, des travailleurs peu qualifiés ou des indépendants (Bredeloup 2016, Fabbiano 2016, Peraldi & Terrazzoni 2016).

Bien que l’accroissement des migrations internationales soit une tendance commune à tous les pays européens, ceux-ci n’accordent ni les mêmes statuts ni les mêmes droits à leurs émigrés. Les disparités sont particulièrement marquées en matière d’accès au vote et de représentation institutionnelle (Bauböck 2007 ; Collyer 2014). Certains États, comme la France ou l’Italie, ont mis en place d’ambitieuses « politiques d’activation de la diaspora » (Lafleur 2015, Pellen 2015), visant à renforcer les liens avec leurs émigrés et à faciliter leur accès à la vie publique de leur pays d’origine. D’autres, comme le Royaume-Uni, continuent à l’inverse à conditionner l’exercice plein et entier de la citoyenneté à des critères de résidence (Hampshire 2013).

Cette ST vise à interroger les fondements de ce traitement différentiel des migrants européens. Si les recherches sur les pratiques politiques transnationales ont mis en évidence le rôle central des organisations diasporiques sur la visibilisation des émigrés dans la politique de leur pays d’origine (Ostergaard-Nielsen 2003, Lyons & Mandaville 2012 ; Lafleur 2013a), les études portant sur le cas des migrants européens sont jusqu’à présent restées exceptionnelles (Lafleur 2013b; Dufoix,. 2014).

Afin de pallier cette carence, la ST cherchera d’abord à interroger les logiques de structuration communautaire des populations émigrés européennes dans leur pays d’accueil. Comment expliquer les variations sensibles observables d’une nationalité à une autre, et d’une région du monde à une autre? Comment les associations communautaires s’efforcent-elles de construire leur représentativité par rapport aux migrants d’une part et aux autorités de leur pays d’origine d’autre part ? De quelles revendications sont elles porteuses ?Quelles relations entretiennent-elles entre elles et avec les acteurs sociaux et politiques de leur pays d’accueil?

La ST questionnera ensuite les interactions entre les communautés migrantes et leur pays d’origine. Comment les migrants « sont-ils parlés » par les responsables politiques de leur pays d’origine? Comment les questions de leur participation et de leur représentation politiques sont-elles traitées dans leur pays d’origine ? Quelles relations les représentants des émigrés entretiennent-ils avec les associations communautaires, les autorités et les institutions de leur pays d’origine ?

Les contributions pourront porter sur un ou plusieurs cas d’étude. Les approches comparatives et/ou issues d’autres disciplines que la science politique seront accueillies favorablement.

While dominant media and political narratives tend to lay emphasis on migrations from the « global South » to the « North », this thematic panel focuses on contemporary European migrations. Its aim is to question the political (de)mobilization processes of European emigrants in their country of residence and country of origin.

These last decades, the figure of European citizens living abroad has increased tremendously, reaching today more than 60 millions, i.e. almost a quarter of the 244 international migrants registered by the UN in 2017. As their counterparts from other continents, these European migrants do not constitute a homogeneous group (Wihtol de Wenden, 2013). If around a third of them live in another European country (Eurostat, 2017), they are also well represented in non-European “western” countries and in so-called developing countries, especially in the former colonial areas. Far from the cliché of the wealthy expat’, European migrants include students, pensioners, but also low-skilled workers or self-employed individuals (Bredeloup 2016, Fabbiano 2016, Peraldi et Terrazzoni 2016).

Although the increase in international emigration is a common trend for European countries, the homeland states do not grant the same status nor rights to their expatriates. The disparities are especially noticeable when it comes to external voting and the institutional representation of emigrants (Bauböck 2007 ; Collyer 2014). Some countries, like France, Italy or Portugal, have gradually put in place ambitious diaspora policies in order to strengthen the links with emigrants and facilitate their integration into homeland politics and policies (Lafleur 2015, Pellen 2015). Other countries, like the United Kingdom and Germany, still restrict the full exercise of citizenship rights abroad to criteria of residence or duration (Hampshire 2013).

The goal of this thematic panel is to investigate the origins and consequences of these differences in policy frameworks from one European country to another. Research on transnational political practices has highlighted the role of diaspora organizations in animating the diaspora and putting its concerns on the agenda of the home country (Ostergaard-Nielsen 2003, Lyons & Mandaville 2012 ; Lafleur 2013a). However, despite notable exceptions (Lafleur 2013b, Dufoix et al. 2014), European emigrants have not figured prominently in the analyses.

First of all, this thematic panel will seek to study the different logics of community building and community organizing of different European emigrant groups in their country of residence. How does one explain the strong variations across countries, regions of the world, or even within countries of residence? How do community organizations build their claims and interests across the homeland and country of residence? How do they build their representativeness and navigate politically between emigrant communities, state institutions of the country of residence, social and political actors of the homeland?

Conversely, how are emigrants « spoken of » by political actors in the homeland? How is the electoral participation and behavior of expatriates represented in the political campaigns and media of the homeland? How do the representatives of expatriates/emigrants find and negotiate their place in homeland institutions (lower and/or upper house of Parliament, political parties, consultative assemblies)? What channels inside or outside official institutions do expatriates use to make their claims heard in the homeland?

Submitted papers may focus on one or more caste studies, and comparative approaches will be considered with special interest. Contributions from other disciplines than political science, including those with a sociological, anthropological or historical dimension, are also welcome.

Appel à communications de la section thématique 66, “Mobiliser les ‘expats’. Construction, identification et représentation des migrants européens”, du prochain Congrès de l’Association française de science politique, qui se tiendra du 2 au 4 juillet 2019 à Bordeaux.
Les propositions de communication, en français ou en anglais, sont à envoyer avant le 12 décembre 2018 à Tudi Kernalegenn (tudi.kernalegenn@uclouvain.be<mailto:Tudi.kernalegenn@uclouvain.be>), Cédric Pellen (cedric.pellen@cuej.unistra.fr<mailto:cedric.pellen@cuej.unistra.fr>) et Etienne Smith (<mailto:jlemazier@gmail.com>e.smith@sciencespobordeaux.fr<mailto:e.smith@sciencespobordeaux.fr>). Elles seront d’une longueur de 2000 signes environ, en français ou en anglais, et seront accompagnées d’une courte biographie de 1000 signes maximum

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